(English version at the bottom)

D’où viennent et où vont les images ?

Voilà l’énigme à laquelle nous confrontent les installations de Xavier Bauer. Les images et les formes qu’elles présentent sont prises au sein de différents dispositifs qui déterminent leur condition d’émergence. Car ce qui est au centre, c’est bien cette action de « faire apparaître » en restant au plus près de ce moment où l’on bascule du « rien » au « quelque chose ». Construire avec le moins devient alors une nécessité, et la fragilité constitutive de ses pièces indissociable de la fragilité de ce qui se voit.

Suspendues entre leur apparition et leur disparition, les images ne font ici qu’affleurer, maintenues dans un état précaire et vacillant. Plus que leur seule présentation, c’est cet état lui-même, sorte de tremblement du visible qui nous est montré. Dans leur impermanence, les images se dérobent aux catégories habituelles d’image fixe et d’image en mouvement tout comme elles se dérobent au regard du spectateur.

Dès lors, un rapport ambivalent s’installe avec ce dernier : à la fois happé par ce qu’il voit et incapable de le saisir totalement, ce qui lui échappe devient ce qui le retient. Chercher, se déplacer, ou simplement attendre, participent directement à la réception de l’œuvre et conditionne sa révélation, au sens photographique.

Si les écrans thermochromes invitent le spectateur à une contemplation patiente et immobile afin de percevoir les subtilités de leur transformation, la fugacité des images reflétés dans l'aluminium le met directement en mouvement en jouant sur la question du point de vue. Dans les grandes découpes photographiques, ce qu’il croyait mieux voir en s’approchant finit par disparaître complètement. Tenues à distance, les images agissent à la manière d’un mirage. C’est sans doute parce qu’elles partagent avec lui cette absence de corps ; ombres ou reflets, leur mode d’apparition est avant tout spectral et évanescent.

La question initiale de la provenance de l’image se pose donc de manière très concrète au spectateur qui face au travail de Xavier Bauer cherche à comprendre la nature de ce qu’il perçoit. Mais au-delà de cette énigme, ce que montre cette volonté première de « faire apparaître » tout comme celle de « chercher à voir », c’est avant tout notre propre désir d’images.

Expositions

2017 > Le point aveugle, standard/deluxe, Lausanne

2016 > artgenève, nouvelles acquisitions du Fonds municipal d'art contemporain (FMAC), Genève

2016 > Capsule 1.32, Halle Nord, Genève

2015 > L'écho du visible, Galerie Andata.Ritorno, Genève

2015 > Mise en abyme, La Ferme de la Chapelle, Genève

2014 > Gate 6, Türkan Saylan Kültür Merkezi, Istanbul

2014 > Utopie picturale 2, La Fonderie, Usine Kugler, Genève

2013 > Bulbfiction, Centre d’Art Contemporain Yverdon-les-Bains

2013 > Baz’art festival, Genève

2012 > Courant continu, Halle Nord, Genève

2011 > Périphérique Nord, Espace Cheminée Nord, Usine Kugler, Genève

2011 > Kugler Remix, La Fonderie, Usine Kugler, Genève

2010 > Contrepoids, Espace Kugler, Genève

2010 > Belluard Festival, Fribourg

2010 > Espace Rien, Genève

2009 > Millimètres, Espace Cheminée Nord, Usine Kugler, Genève

2009 > Espace Weka, Genève

2009 > Champs|Contre-Champs, Espace culturel d’Assens

2009 > Post Tenebras Luxe, Musée Rath, Genève

   

Publications

2018 > Cacy [kaki], n.m., 2013-2017, arts&fiction publication

                  Les chroniques de l’art contemporain, Karine Tissot, L’Apage/Infolio

2017 > Livre d’A/R, publié à l’occasion de la 300e exposition d’Andata/Ritorno

2009 > Post Tenebras Luxe, livre paru dans le cadre de l’exposition éponyme sous la direction de Donatella Bernardi, éditions Labor et Fides

 

CV

Né en 1977 à Genève où il vit et travaille, Xavier Bauer a fait ses études à l’école supérieure des beaux-arts de Genève (ESBA) et a effectué une année à l’Escuela Massana de Barcelone dans le cadre d’un programme d’échange.

 

Where do images come from? Where do they go?

Xavier Bauer’s installations embody this enigma. Hovering between existence and nothingness, his pieces revolve around the action of “revelation.” Their setting determines whether images and forms will materialize – and to what extent – while an economical use of resources and pinpoint precision undergird their minimalism. The fragility with which these works are constructed is inseparable from the fragility of what is seen.

Dancing between the visible and invisible, images linger below the surface, suspended in a frail and flickering state. Rather than simply appearing, we see them in this state – poised on the verge of visibility. Images slip ephemerally beyond traditional categories of stasis and movement as they dance in and out of view.

Consequently, spectators react ambivalently, struck by what they see yet incapable of fully grasping it, reeled in by the fleeting images just beyond their ken. Whether searching, moving, or simply waiting, viewers become direct participants in the work’s appearance and – photographically speaking – shape its development.

While the thermochromic screens inspire us to wait patiently in place in order to fathom their subtle transformation, the fleetingness of the photograms pushes us to move and play with point of view. In the echoes series, the viewer approaches for a better look and finds that the images have completely disappeared. Kept at a distance, the images are like a mirage – undoubtedly because both are incorporeal. Spectral and evanescent, they always appear as a series of shadows and reflections.

When contemplating Xavier Bauer’s work, viewers therefore come head-to-head with the first question - where images come from - as they seek to understand what they perceive. But beyond this enigma, our wish to “reveal” and “seek out” is bound up in our yearning for image itself. (Josh)